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    Nicolas Dhervillers, peintre en photographie

    Dès le premier abord, on a pris comme une gifle. Frappés par le silence des plans, bruyants de splendeur. Dans le travail de Nicolas Dhervillers, on a cru déceler des choses enfouies en nous profondément, arrachées de terre et magnifiées autant par le cadre pictural que par le soin porté à la lumière. Peut-être l’artiste et ses photographies se sont-ils nourris du socle théorique dispensé à Paris 8, où l’ancien étudiant a parfait ses gammes, bouclant sa scolarité par une maîtrise de Science et technique en photographie et multimédia.

     

    Comment votre passion pour la photographie vous est-elle venue ? 

    Je suis allé progressivement vers la photographie. Mon premier déclencheur a été le cinéma. Je regardais beaucoup de choses avec ma mère depuis tout petit, et j’ai toujours été fasciné par la puissance narrative de certains films. L’amour pour la lumière n’est venu qu’après.  

    Quel a été votre parcours ? Souhaitiez-vous très tôt devenir artiste ?

    Non, je n’ai jamais été prédisposé à être ou à devenir artiste. J’ai tout d’abord étudié le cinéma d’Andreï Tarkovski, jusqu’en maîtrise. Parallèlement, j’ai étudié et pratiqué le théâtre à un niveau amateur. Pendant mes années universitaires à Montpellier, je consacrais mes nuits au développement et au tirage noir et blanc de mes images. J’ai terminé mes études en Science et Technique en photographie et multimédia, à Paris 8. C’est alors que j’ai réellement découvert la photographie contemporaine, et tenté de m’y frayer un chemin, théorique et plastique. 

    Quelles sont les œuvres qui ont compté dans votre accomplissement ?

    Mes premiers chocs artistiques sont survenus avec la découverte de Mark Rothko en peinture, de Claudio Parmigiani en art contemporain, et enfin de Jeff Wall en photographie. 

    Il paraît que pour vos photographies, vous élaborez au préalable un décor, vous écrivez un scénario et vous choisissez enfin un type de lumière. Pourquoi mettre en place cette mécanique ?

    Je suis devenu photographe pour n’avoir à gérer qu’un cadre mais, dans ce cadre, rien n’est pour moi spontané. La construction mise en place doit parvenir à atteindre une justesse, ou plutôt une notion de vraisemblable par rapport au réel. Pour élaborer une série, j’aime effectivement penser – comme c’est le cas au théâtre – qu’il y a une unité de lieu, de temps, et d’action. 

    Dans mes séries « longues », qui me demandent parfois deux années de travail, certaines images nécessitent effectivement davantage de temps que d’autres. La lumière est primordiale sur mes shootings : sans elle, pas de photographie. Puis vient le décor, ensuite le scénario, et enfin la post-production. Mais ce n’est pas tout, ce serait trop simple ! Il reste encore le tirage, la production, les finances, la communication, les réseaux sociaux, les expositions, les galeries, les collectionneurs…. Bref, tout un ensemble d’éléments vraiment détachés de l’art, mais essentiels à sa diffusion et à son existence.

    La spontanéité, le naturel peuvent-ils selon vous produire de l’étrangeté ? N’y-a-t-il pas déjà, dans le réel, le quotidien, quelque chose d’extrêmement fascinant, hypnotique, bizarre ?

    Je vais parfois chercher dans le réel ce qui ne me semble pas réel, c’est vrai. Mais tout part de quelque chose de naturel. Il me plaît de penser (à tort) que je suis le seul à voir cette étrangeté. Quelle satisfaction quand une lumière que je n’ai encore jamais vue se pose sur un arbre, un objet ou un individu ! J’ai alors la sensation d’assister à une manifestation de l’art, mais sans art. Dans mon travail, j’essaie parfois aussi de retranscrire ce sentiment. 

    Pourquoi choisir de mixer plusieurs matières ? Êtes-vous familier du processus du cut-up en littérature ? Cela fait-il partie de vos inspirations ?

    Je mélange cinéma, théâtre, peinture dans mes images car je viens de ces trois mondes. Et, comme il y a dans chacun de ces médiums des choses intéressantes pour mes photographies, je me sers de ce background

    Beaucoup de vos clichés sont également de véritables œuvres picturales. Comment parvenez-vous à produire cet effet ? 

    Sans dévoiler un quelconque secret, car il n’y en a pas vraiment, je suis effectivement très intéressé par la technique du clair-obscur pictural. Mais pas seulement. Pour vous donner une autre piste, il y a aussi beaucoup du cinéma, notamment grâce à la technique dite de la « nuit américaine ». 

    Est-ce que vous faites de la peinture ?

    Je produis depuis trois ans des pièces qui sont des pastels, des peintures, des encres de Chine, et des sculptures. Toutes ces productions sont liées de manière plus ou moins ténues à la photographie. 

    Quand on observe votre travail, on pense au peintre Bruegel, aux premiers films de Bruno Dumont, ou encore aux contes de Perrault. Où allez-vous chercher vos influences ? Y-a-t-il d’autres photographes dont vous suivez particulièrement le travail ? 

    Jeff Wall a été un des premiers artistes que j’ai suivi en photographie. Toutes les références que vous citez sont effectivement très importantes pour moi. Aujourd’hui, il n’y a pas un médium ou une personne qui m’influence spécifiquement. Il y a peut-être deux cent ou trois cent références, qui sont toutes plus importantes les unes que les autres. 

    Comment choisissez-vous vos personnages ? Dans la série « My sentimental archives », les personnages semblent arrachés à des peintures d’Edward Hopper, dans « Tourists » les badauds ont été enlevés à des sites touristiques dans lesquels ils se photographiaient…

    Le point de départ de ma pensée photographique sur l’appropriation d’éléments existants remonte à une anecdote entendue sur le peintre Nicolas Poussin, concernant sa réappropriation de certaines des toiles de son beau-frère, Gaspard Dughet (qui se confrontait très bien avec l’époque où je faisais mes études, marquée par la transition « argentique # numérique », et l’arrivée du web tout puissant). J’ai alors compris que cette notion d’usurpation n’était pas nouvelle...

    Les personnages sont un des fils rouges de ma démarche théorique. Avec la série « Tourist », j’ai voulu parler d’appropriation d’images « sans qualité », extrayant de simples touristes trouvés sur le web et détournés de leur chemin. Avec la série « My Sentimental Archives », j’ai utilisé des personnages qui avaient existé sur les lieux de mes prises de vue, et photographiés avant le 19ème siècle. Ce procédé fait resurgir à la fois le passé et la mémoire collective. Avec la série « Hommages », j’ai souhaité reprendre certains personnages créés par des peintres classiques (ayant à l’origine des attributs photographiques) afin qu’ils réapparaissent dans une photographie. Avec la série « Detachment », je boucle la boucle : les personnages, dénichés sur divers supports, viennent de notre présent. Pourtant, comme ce sont des Amish, ils paraissent parachutés d’une autre époque…

     

    La série dédiée aux Amish est très émouvante. On sent des personnages déchirés entre leur conviction, l’attachement aux valeurs pour lesquelles ils vivent et leur désir de s’en émanciper, de fuir pour tout envoyer valser. Quel sentiment souhaitez-vous éveiller chez le public ?

    Il est vrai que le public était très touché au sortir de la série « Detachment ». Je ne pense pas que cette série aurait pu fonctionner il y a dix ans. Aujourd’hui, les questionnements qui nous taraudent sont très profonds. Les enjeux sont de taille. Tout va absolument mal : la tolérance, le climat, la politique, les valeurs. Comment vivre avec tout ça ? 

    Si j’adore mon travail, c’est qu’il peut, par le biais du sensible, poétiser et réenchanter le monde, tout en le questionnant. 

    Il y a également de la mélancolie, presque du désespoir à voir cohabiter ces personnages dans un environnement qu’ils n’ont pas choisi, comme si ce déplacement, ce copier-coller mettait à nu la vacuité de leur existence. 

    Je ne pense pas tellement au désespoir. J’ai choisi de faire de la photographie une priorité dans ma vie. C’est un médium qui allie très bien le combinatoire des trois temps, passé, présent et futur. Ces trois temps peuvent y cohabiter, et se mélanger. La photographie est à mon avis le médium qui nous ressemble le mieux. Nous sommes nous-mêmes dans ces trois temps du moment présent, de la mémoire et de la projection. Ces déplacements d’existences et ces « copier - coller » me semblent donc tout à fait naturels pour parler de la vie et de la mort, de la beauté, de la spiritualité, de l’histoire de l’art, de la philosophie... 

    Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à Paris 8 ?

    Un souvenir très sympathique, car je m’y suis fait quelques bons amis. Certains enseignants de Paris 8 ont su m’apporter l’apport théorique qui manquait à mon travail. 

    Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

    Je travaille sur une série de pastels depuis plus d’un an, baptisée « Remake ». Je termine actuellement ce nouveau projet, dont les attaches avec l’univers photographique sont évidentes. À partir du mois de septembre, il sera présenté en intégralité aux États-Unis pendant deux mois. Je prépare également une exposition itinérante qui voyagera à Berlin, en Suisse et en Belgique avant de revenir en France. Cela me demande beaucoup de temps de préparation et de logistique !

     

    Le site de Nicolas Dhervillers. Toutes les photographies dans cet article sont issues de son catalogue personnel. Pour la photographie principale, copyright Grouel.

    Visiter le site du département Photographie.

     

    Entretien réalisé par le service communication.

     

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