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Une
université leader au 21° siècle ?
Une
administration d'entreprise, des travailleurs vacataires, l'érosion
des droits académiques
En
2005 le plus grand magazine économique international, l'Economist
a gratifié NYU d'une douteuse consécration : celle
de conduire l'enseignement supérieur en Amérique vers l'avenir
de l'entreprise. Les universités américaines sont les meilleures
du monde, selon l'Economist, et le secret de leur succès
ne tient ni à la richesse de l'Amérique ni au taux de dépense
par tête pour l'enseignement supérieur. Au contraire, c'est
parce que les meilleures universités sont privées, que les
enseignants ne sont pas des fonctionnaires, que le gouvernement fédéral
y joue un rôle limité (sauf quand il soutient à fond
des domaines particuliers de recherche), et parce que les facultés
se concurrencent en termes d'étudiants, de corps enseignant et
de budget. Les universités américaines créent des
liens entre le monde de l'université et celui de l'entreprise –
et particulièrement avec les industries de haut niveau technologique.
Selon l'Economist,
le passage de NYU du statut de sous-produit à celui de superproduction
vient en partie de son recrutement d'academic superstars. Bien
plus important a été pour NYU de convertir sa situation
en centre-ville en un avantage concurrentiel et d'exploiter des niches
commerciales. Et ce qui a rendu possible toutes ces activités de
qui connaît l'état du marché était que
le pouvoir y était concentré entre les mains de l'administration
centrale. Alors que la plupart des universités dans les
autres pays attribuent le pouvoir aux professeurs, conclut l'Economist,
les universités américaines ont mis en place un contrepoids
au pouvoir du corps professoral en la personne du président, ce
qui permet à certaines d'agir plus comme des firmes que comme des
corps universitaires léthargiques.
L'administration de NYU,
qui n'est pas connue pour sa modestie, partage cette appréciation.
Au moment de devenir président de NYU en 2002, John Sexton avait
proclamé que l'université était sur le point de changer
de catégorie et de se mettre dans la poignée des
'universités leaders' du 21° siècle. Débarrassée
de structures et archétypes rétrogrades ou anachroniques,
NYU pourrait tirer profit de sa situation dans la capitale géographique
du monde et vivre en interconnexion entre le monde des idées
et le monde de l'action. Dans un langage qu'un expert en restructuration
d'entreprises pourrait employer, Sexton promit que l'équipe
de direction de l'université commencerait par approfondir
notre propre définition, se concentrer sur les points-clés,
et dépasser les réticences institutionnelles. NYU deviendrait
l'université-entreprise, un modèle de communauté
intellectuelle, d'énergie entrepreneuriale, de fiabilité
et de gouvernance.
Dans les épîtres
suivantes de Sexton à la communauté de NYU – il y
en a souvent plusieurs par an – il élabora sa vision dans
un langage beaucoup plus explicitement commercial. L'essence de l'entreprise
commune (terme employé lorsque les professeurs objectèrent
que les connotations de la définition originelle renvoyaient trop
aux firmes privées) était notre mélange typique
de créativité, d'esprit d'entreprise, de coopération,
d'efforts et d'orientation professionnalisante. NYU avait une attitude
de 'capital-venture'. Lorsque la fondation Kaufmann gratifia NYU d'un
fonds d'un million de dollars, pour qu'une éducation à
l'esprit d'entreprise soit une chance offerte à tous, accessible
sur tout le campus. NYU accepta de lever 5 M$ de financements complémentaires.
L'esprit d'entreprise a été la clé de la
création de la NYU qui existe aujourd'hui déclara Sexton.
Ce financement convient parfaitement à NYU. En 2003, il
a fait observer avec orgueil que NYU avait développé une
culture de vérification rigoureuse et de responsabilité
et les termes d'entreprise de recherche, d'entreprise d'enseignement
et de marché intellectuel se retrouvent partout. Les
enseignants, les administratifs, les étudiants, le personnel sont
décrits comme des parties prenantes et loués pour
leur bonne volonté à s'investir pour réaliser
l'ambition de NYU. Nous sommes loin de l'époque où NYU pouvait
affirmer être conforme à sa devise : une université
privée dans le service public. Même le débat sur
NYU comme une université globale, la définition que
l'on préférait dans les années 90, est maintenant
énoncée en termes de compétition économique
globale et de perspectives entrepreneuriales.
NYU, insiste Sexton, doit
non seulement maintenir une discipline fiscale mais aussi explorer
les nouvelles perspectives entrepreneuriales qui se présentent,
et s'efforcer de développer les sources de revenus.
À un moment où décroit le soutien du gouvernement
pour l'enseignement supérieur, où se développe la
compétition sur le marché de fournisseurs commerciaux,
où NYU a atteint les limites de sa capacité à emprunter
de l'argent et à accroître ses ressources en augmentant le
nombre des étudiants, l'université doit reconsidérer
nos techniques pour traiter notre principal produit [le savoir].
Le bureau de développement, avec un effectif de 98 personnes à
plein temps et un budget annuel de 26 M$, a pour mission de rapporter
1 M$ par jour jusqu'à avoir atteint l'objectif de 2,5 milliards
de dollars. Comme d'autres universités, NYU a mis sur le marché,
avec agressivité, ses programmes de premier cycle et de formation
continue et a extériorisé de nombreuses activités,
comme le nettoyage et la restauration. Sexton a écrit que les
universités de recherche seront tentées d'agir de plus en
plus comme des entreprises commerciales. En fait, NYU a déjà
succombé à cette tentation. En 2005 elle a annoncé
un gain de plus de 133 M$ venant des droits de propriété
intellectuelle. Tout en reconnaissant que les droits de propriété
intellectuelle sont un sujet complexe et hasardeux, Sexton insiste sur
la nécessité qu'ont les universités financièrement
en difficulté de chercher des revenus de cette manière.
Le monde académique ne doit pas dévaluer la recherche
qui s'inscrit dans le monde. En fait, une approche éclairée
pourrait permettre aux chercheurs des sciences sociales rivaliser avec
les scientifiques en mettant en rapport leur recherche avec ceux qui sont
à l'extérieur du monde universitaire, et ainsi procurer
des revenus pour soutenir l'enseignement supérieur.
Assurément, comme
il convient à son doctorat en théologie et son identité
autoproclamée d'homme de foi, Sexton parle en outre un langage
religieusement modulé de dialogue et de devoir, d'espaces sacrés
et de missions spirituelles. Dans le modèle d'entreprise, il a
écrit en 2002 : Chaque personne qui accepte le titre de professeur
accepte en même temps un devoir plus important envers la communauté
entière. Étudiants, professeurs, administrateurs et
personnel sont privilégiés d'être à
NYU, et ceux à qui un bien est donné doivent donner quelque
chose en retour. Même lorsque l'université cherche des
revenus commerciaux, elle doit maintenir un espace sacré pour
apprendre et pour découvrir. Sexton n'a cessé de d'appeler
à la consultation, au dialogue et à la coopération,
insistant sur le fait qu'il ne peut réussir seul.
La foi et le marché,
l'esprit communautaire et le choix de l'entreprise, le dialogue et la
compétition coexistent dans la vision qu'a Sexton de l'entreprise-université.
En pratique, il a montré qu'il était plus facile de corporatiser
que de créer une communauté. Cet essai analyse comment l'entreprise-université
a profondément restructuré le personnel et le mode de commandement
dans l'administration, aussi bien que la rémunération et
le statut du travail intellectuel. Il laisse penser à quel point
ces changements ont érodé les droits et diminué le
pouvoir du corps enseignant, et détruit tout sentiment d'intérêts
et de buts communs.
Corporatiser l'administration
Sous Sexton, la transformation
de NYU a été intégralement reliée à
– sinon dominée par – la restructuration de ses finances.
Pour en venir à bout, Sexton a installé une administration
plus proche du privé, qui a introduit de nouvelles pratiques dans
la prise de décision et la responsabilisation. Tous les aspects
de la vie universitaire devaient en être profondément affectés.
John Sexton, doyen de
la faculté de droit de NYU de 1988 à 2002 était le
candidat interne à la présidence du bureau des administrateurs
(board of trustees)
et non le choix issu d'un appel à candidature
régulier au niveau national,
ce qui a affecté beaucoup de professeurs. Connu comme vendeur
plutôt que comme chercheur, Sexton avait été un remarquable
collecteur de fonds à la Faculté de Droit, et avait embrassé
avec enthousiasme ce rôle qui domine maintenant la vie des administrateurs
des grandes universités. Il a courtisé beaucoup de superstars
du Droit pour NYU, tache plus facile à la Faculté de Droit
qui a des ressources financières dont manque le reste de NYU. Sa
manière agressive de lever des fonds lui a, sans nul doute, permis
d'intéresser davantage les membres du bureau des administrateurs,
car NYU dans son ensemble, a de grandes ambitions, mais une faible dotation,
de lourdes dettes et un faible montant de contributions d'anciens.
Avant même son installation
à la présidence, Sexton recruta une nouvelle équipe
de direction administrative et financière, dont les membres venaient
inévitablement du monde des affaires, des services gouvernementaux,
et des juristes. La plupart des responsables de la haute administration
dont les carrières s'étaient déroulés dans
le monde universitaire démissionnèrent vite. NYU est loin
d'être la seule à suivre cette direction. Comme l'a noté
Craig Calhoun, faire marcher une université, c'est faire marcher
une grosse firme. Résultat, les dirigeants des grandes universités
sont de plus en plus souvent originaires d'autres champs de gestion, d'écoles
professionnelles, et/ou de longues carrières de membres à
temps plein de l'administration universitaire. Pour un nombre croissant
d'entre eux, un stage dans l'université n'est qu'une étape
dans une carrière consacrée avant tout aux affaires, avec
quelques incursions dans les services du gouvernement.
Jack Lew, qui était
à la tête de l'équipe de transition de Sexton, a été
nommé vice-président délégué, nouvelle
fonction, responsable de tout ce qui concerne le budget, les finances,
les investissements et les transactions, et tout autant de services administratifs
comme l'immobilier et les ressources humaines. Avant de venir à
NYU, Lew avait été, auprès du président Bill
Clinton, directeur de l'office de la gestion et du budget. Avant cela,
il était associé dans un grand cabinet juridique et conseiller
politique auprès du président de la
chambre des représentants, Thomas O'Neill. Sa seule expérience
universitaire, rapide, est d'avoir été professeur-chercheur
associé à l'institut de Politique Publique de l'Université
de Georgetown.
Lew a été
remplacé par Michael Alfano, doyen du collège d'odontologie
de NYU. La carrière d'Alfano s'est déroulée dans
un cabinet privé, dans les affaires, la santé publique,
et le monde académique. Avant de devenir doyen, il était
vice-président pour la recherche et la technologie et membre du
bureau des dirigeants du Block Drug Company. Il était aussi un
expert du bureau de OraPharma sur les questions relatives au développement
scientifique et à la commercialisation des intérêts
de la compagnie dans la médecine bucco-dentaire. NYU a noté
avec satisfaction que, pendant plusieurs décennies, Alfano a
œuvré pour promouvoir des relations soutenues entre des scientifiques
des réseaux académique, industriel et gouvernemental, les
agences de régulation, et le public. En outre, il a conduit au
développement et à l'évaluation clinique de nouveaux
produits aussi bien pour les industries pharmaceutiques que dentaires.
Diane Yu, directeur du
personnel et adjointe du président, encore une nouvelle fonction,
sert de support par lequel on peut communiquer avec le président
[...] et travaille à assurer l'efficacité des processus
de communication de toute l'équipe de direction de l'université.
Concrètement, cela signifie qu'elle prend la responsabilité
de certaines initiatives politiques, supervise le recrutement et le renouvellement
des enseignants, et travaille avec les doyens. Ses antécédents
variés et impressionnants, étaient entièrement en
dehors du monde académique et comprenaient un poste de conseil
juridique associé de la compagnie Monsanto, la firme de bio-techniques
dont les revenus s'élevaient à 7,5 milliards de dollars,
et une activité de type privé, comme avocat du gouvernement
sur des questions commerciales, et pour le Bar Association of California.
Cheryl Mills fut nommée
conseiller et devint rapidement vice-présidente, conseiller en
chef, secrétaire général de l'université en
remplacement d'Andrew Schaffer, qui avait été au service
de l'université depuis vingt-sept ans. Mills avait travaillé
d'abord dans le secteur non lucratif, puis avait accru sa réputation
en étant l'avocate qui a défendu le président Clinton
lors des auditions pour empeachment. A la suite de quoi, elle a
eu un poste de vice-président pour la politique sociale et la programmation
publique à Oxygen Media. Sous Sexton, le vice président
pour le développement et les relations avec les anciens élèves,
le nouveau vice-président pour les affaires fiscales, et le conseiller
du président sont tous venus de la Faculté de Droit.
Sexton constitua aussi
un nouveau Academic Leadership Team. David McLaughlin, à
la tête du Courant Institute des mathématiques, fut
nommé directeur des études, avec la tâche de développer
et mettre en place une vision académique de l'université.
Il se consacra lui-même à faire des priorités académiques
un élément central de toute décision administrative
à l'Université et engager le corps professoral dans ces
décisions. Cette formulation plutôt embarrassée
suggère à la fois la priorité donnée aux préoccupations
administratives et financières et une préférence
pour un pouvoir exercé de haut en bas. Richard Foley, doyen de
la faculté des Arts et des Sciences fut mis à la tête
du Comité sur les priorités académiques, et Robert
Berne devint vice-président pour la santé, contrôlant
les aspects académiques, financiers, et opérationnels des
hôpitaux et des programmes d'hygiène
et de comportement de NYU. Cette équipe d'universitaires,
malgré la solidité de ses réalisations, et le savoir
de ses membres n'avait pas l'originalité, la renommée nationale,
et, semble-t-il, les liens étroits avec Sexton de leur homologues
financiers et administratifs beaucoup plus importants.
La transformation de la
haute administration a été quantitative autant que qualitative.
En 2006-2007 les trente-deux membres de cette administration comprenaient
le président, son personnel, et les échelons les plus élevés
du bureau du Prévôt
mais seulement un des vingt et un doyens et directeurs. Le bureau du prévôt,
à lui tout seul, a maintenant une troupe impressionnante de vice-prévôts
seniors, de vice-prévôts, de prévôts associés,
et de prévôts adjoints. On n'arrive pas compter les doyens-associés
et assistants-doyens dans les différents établissements
de l'université. Dans ce vaste ensemble, nommé University
Leadership Team, le pouvoir est centré – comme on pourrait
le dire dans un système terriblement opaque – sur le président,
son chef du personnel, le vice-président exécutif, le prévôt,
le vice-président senior pour la santé, le doyen des arts
et des sciences. Au bureau du prévôt sont adjoints deux comités
consultatifs sur les priorités académiques et l'enseignement
du premier cycle, mais leurs membres, dans la mesure où ils ne
sont pas ex officio des représentants des bureaux du prévôt
et du président, sont nommés par, et responsables devant,
le prévôt et non le corps enseignant.
Cet appareil administratif
recomposé concentre un énorme pouvoir, sans compter les
ressources budgétaires. En 2003-2004, par exemple, Sexton eut 862
717 $, et Lew reçut 872 994 $. Le prévôt eut
450 000 $, augmentation substantielle par rapport à son salaire
précédent de 168 967 $ en 2001-2002. Cherry Mills fut
payée 375 000 $. Les salaires des vice-présidents
seniors allèrent de 290 000 $ à 425 000 $.
Quant aux salaires des niveaux inférieurs de la haute administration
et des doyens, même s'ils ne sont pas publics, ils s'élèvent
d'ordinaire bien au dessus de celui des enseignants.
L'administration rénovée
de NYU a introduit une nouvelle culture de la responsabilité.
Dans tout le pays, les universités et les collèges, sous
la pression financière venant de l'intérieur et les critiques
venant de l'extérieur se sont efforcés d'adopter des méthodes
de gestion privée. Budgets article par article, base de données
détaillées sur tout ; des ustensiles de bureau et de
l'utilisation des salles, à la productivité du corps enseignant
et à la taille des classes, tout est compilé et analysé
par des comptables et des administrateurs professionnels. De ce point
de vue, NYU est à peine une exception ; bien que le rythme
avec lequel ces mesures ont été mises en place ait été
plus rapide et l'information du public sur les financements plus timorée
que dans les institutions publiques. Les dirigeants, comme le doyen de
l'administration, Joe Juliano, se sont enorgueillis des modèles
statistiques, projections financières, et analyses opérationnelles
qui ont été inestimables dans la gestion des Arts et des
Sciences. Certainement, des efforts pour tracer et contenir les coûts,
se servir des espaces d'une manière plus efficace, et mieux prévoir
l'avenir, ont mis l'accent sur des insuffisances qui ne bénéficient
à personne. Mais beaucoup, lorsqu'ils ont subi les conséquences
de ces nouvelles méthodes, se sont sentis mal gouvernés.
Prenons la question de
l'augmentation annuelle des salaires – non pas les augmentations
individuelles, car les salaires sont secrets à NYU – mais
de quel pourcentage sera augmentée la somme globale à partir
de laquelle on fixera les augmentations individuelles. Elle est annoncée
d'en haut, et semble flotter autour de 3% quelle que soit le la situation
financière de l'université et la réussite des levées
de fonds. En 2003, toutefois, bien que NYU ait épargné 15
M$ l'année précédente, Sexton annonça un gel
des salaires pour tout le corps enseignant et les administratifs, dans
le but de gérer l'austérité. Les enseignants
reçurent un supplément de 750 $ qui ne serait pas inclus
dans leur salaire de base ; Sexton, en revanche, reçut 16,5%
d'augmentation, soit 122 000 $. Selon la Chronicle of Higher Education,
cela fit de Sexton le second président le mieux payé d'une
université de recherche. En annonçant le gel, Sexton proclama
que le salaire auquel on avait renoncé et les frais d'inscription
plus élevés étaient en réalité des
investissements pour NYU.
Chaque département
et filière est désormais requis de produire un état
qualitatif et quantitatif de son personnel, de ses programmes, et de son
budget. Comme n'importe quelle entreprise, l'université veut que
le flot d'information vienne d'en bas, alors que les décisions
descendent du sommet. Mais on ne sait quel mélange de considérations
financières ou académiques déterminent les décisions
sur les comptes, les bourses, et les budgets départementaux.
Sexton a déclaré que toute la communauté de l'enseignement
supérieur doit trouver le moyen de manifester sa volonté
d'être responsable, sinon cette responsabilité sera imposée
par d'autres. Que les enseignants et les étudiants doivent
être responsables et soumis à l'administration est clair.
Mais devant qui l'administration est-elle responsable ?
L'administration est devenue
beaucoup plus interventionniste autant sur le monde académique
que sur les questions financières. Alors que le corps enseignant
auparavant se voyait laisser de la marge pour élaborer ses programmes,
faire évoluer les départements, et établir des centres
de recherche, les doyens font maintenant du micro-management sur les départements
et les programmes, même s'ils apparaissent eux mêmes micro-managés
d'en haut. De manière croissante, ils bloquent des recrutements
proposés, ou imposent des candidatures non sollicitées,
ou outrepassent un vote de département pour un poste et y substituent
le choix de l'administration. Les enseignants ont du mal à se ressentir
comme une part de l'entreprise commune. En tout cas, ils ne font
pas partie des responsables, selon la
décision de 1980 de la Cour Suprême qui a refusé le
droit de négocier collectivement aux enseignants des universités
privées.
NYU a développé
des politiques d'information sur fond de centralisation et de secret,
typiques du monde de l'entreprise. Elle transmet peu de choses sur sa
dotation, ses investissements, ses budgets, les contrats de rémunération.
Elle a monopolisé la communication avec la communauté universitaire
à travers NYU Direct. Les épîtres de Sexton
et ses analyses de GSOC et de la grève, aussi bien les menaces
du prévôt à l'égard des grévistes ont
été e-mailés à tous les employés et
étudiants de NYU, mais aucun autre groupe dans l'université
ne peut utiliser NYU Direct. Même le Sénat de l'université,
l'instance de gouvernement du corps enseignant la plus élevée,
doit en demander la permission au prévôt. Cette politique
de l'information rend dérisoires les appels constants de Sexton
à un dialogue renouvelé.
Même lorsque des
décisions sont de la compétence des universitaires, elles
sont faites sans en consulter les corps élus. L'administration
a mis en place pour la nouvelle NYU, des agences globales, avec des consultations
officielles, à la fois tardives et minimales. Le programme d'études
générales, entièrement aux mains d'enseignants sous
contrat et d'adjoints, est arrivé à la Faculté des
Arts et des Sciences sans consultation officielle des enseignants. Sexton
décida de fermer le Centre International des Hautes Études,
une institution de recherche universitaire ayant connu un grand succès,
lui préférant en lieu et place un groupe de réflexion
sur la politique publique. Cette prise de décision unilatérale
a conduit le Sénat de l'Université, peu connu pour son affirmation
des droits universitaires, à demander un retour à l'esprit
et aux intentions des anciennes procédures qui favorisaient la
consultation des enseignants sur des changements importants dans les programmes
académiques.
Le
travail académique devient une marchandise
Le corps enseignant s'est
vu privé de son pouvoir et démoralisé par la restructuration
de l'administration. Tout aussi important est d'avoir été
divisés par la restructuration du travail académique, qui
est au centre de la markétisation de l'enseignement supérieur
et de la vision qu'a Sexton de l'université-entreprise.
En 1969 seulement 3% des
salaires d'enseignants étaient en dehors de la carrière
de titularisation ; dans les années 90, plus de la moitié ;
et maintenant les trois quarts. Dans les années 70 les enseignants
titularisés ou en voie de l'être allaient jusqu'à
57% des salariés dans l'enseignement supérieur ; aujourd'hui
ils représentent 35%. Les enseignants à plein temps non
engagés dans la carrière de la titularisation sont passés
de 13% en 1975 à 18,7% en 2003, tandis que les enseignants à
temps partiel (les assistants non compris) sont passés de 30,2%
à 46,3% dans la même période.
NYU est un exemple de
cette tendance générale. En 2003, Sexton a proclamé
que : étant donné que ces dix dernières années
nous avons accru l'importance de notre corps enseignant à temps
partiel, nous nous attachons à voir s'accroître l'attention
que nous portons à nos étudiants. Cela implique que nous
consacrions une plus grande partie de notre démarche à l'enseignement
à temps plein. NYU alors avait 1 899 enseignants à temps
plein et 2 403 à temps partiel. En 2006, le nombre des enseignants
à temps plein a augmenté jusqu'à 2 043, mais leur
pourcentage est resté stable, à 44,1%. Qui plus est, 36,4
d'entre eux étaient sans perspective de titularisation, bien au
dessus de la moyenne de 27,9% de cette catégorie dans les universités
privées comportant des doctorats et de la recherche, et des 25,2%
de moyenne dans les universités publiques. Alors que 55,8% du corps
enseignant à NYU est à temps partiel, la moyenne pour les
universités de doctorat et de recherche est de 37%. Surtout, le
pourcentage d'enseignants non permanents est de 71,9%, chiffre qui s'élève
à 77,3% si l'on y ajoute les 1 093 assistants. Le pourcentage d'enseignants
non permanents dans les universités de la Ivy League – auxquelles
NYU se compare d'elle même – est sensiblement plus bas. La
moyenne pour toutes les universités de recherche et de doctorat
est de 48,2%.
Les enseignants non permanents
se retrouvent partout dans NYU. Ils sont dans des programmes dont le personnel
est exclusivement composé d'enseignants contractuels à plein
temps ou à temps partiel : le programme des Études
Générales, le Draper Interdisciplinary Master's Program,
et la formation d'études continues et professionnelle. Ils sont
dans l'École Gallatin d'Études Individualisées,
aussi bien que dans des écoles professionnelles
dont les spécialistes ont d'autres obligations qui les empêchent
d'être employés à plein temps : The Stern
School of Business, the Wagner School of Public Policy, et the
Tisch School of the Arts. La flexibilisation et l'adjointisation
ont atteint le cœur de l'université : la Faculté
des Arts et des Sciences (FAS). Parmi les 58 nouveaux recrutés
par la FAS pour 2006-2007, 40 étaient des assistants non titularisables,
ou des professeurs associés : moniteurs d'atelier d'écriture,
lecteurs de langues étrangères, chargés de cours
dans des départements de communication, professeurs visiteurs.
Les hommes sont bien représentés dans cette catégorie
jadis féminine de travail non permanent. Peut-être 2006-2007
était-elle une année anormale, car NYU s'est engagée
à recruter 250 enseignants titulaires ou en voie de l'être
sur une période de cinq ans. Un examen des écrits de Sexton,
cependant, suggère qu'il est très attaché aux professeurs
temporaires.
Dans son texte de 2004 :
The Common Entreprise and the Teaching Mission, Sexton disait avec
insistance que la création du savoir était la fonction centrale
de l'université de recherche moderne, mais rejetait la fausse
distinction … entre la recherche et l'enseignement. Néanmoins,
il imaginait un corps d'enseignement très différencié
pour l'université-entreprise. Il y aurait un cœur de professeurs
titulaires qui, idéalement, se seraient consacrés à
l'entreprise commune, se sentiraient un authentique corps enseignant
propriétaire d'une entité de plus en plus complexe et
agiraient comme les membres d'un orchestre symphonique. Ils jouiraient
de la sécurité de l'emploi, de manière à poursuivre
des recherches créatives, sans la contrainte des manies intellectuelles
ou de la valeur utilitaire, et participeraient à la gouvernance
universitaire. En échange, l'université – mot à
qui Sexton semble donner le sens d'administration – a un intérêt
spécifique [mais non spécifié] à circonscrire
avec soin l'adhésion à ce groupe d'enseignants. Même
si ce noyau d'enseignants doit reconnaître l'importance et la transmission
du savoir, dit-il, ils ne sont pas aptes à tous les genres de cours.
Les enseignants qui ne
sont pas destinés à être titularisés, et qui
représentent plus de la moitié des nominations à
plein temps de la décennie font beaucoup d'enseignement et le
futur en verra davantage, continua-t-il. Certains seraient des university-teachers
à plein temps, dont on attend qu'ils soient un participant
actif dans l'institution et un participant avéré dans l'éducation
des étudiants. Ils n'ont pas besoin d'être titularisés
afin d'avoir la liberté académique, assure Sexton, et l'on
considère que la recherche ne les intéresse pas ou qu'ils
en sont incapables. Tout le monde aura un rôle et sera respecté,
mais cela ne signifie pas que tout le monde aura les même droits
et les même responsabilités. Qui plus est, dans une
période d'hyperchange, dans laquelle il y a des demandes constantes
pour de nouvelles méthodes et modalités, les universités
doivent être libres de recruter ceux qui excellent dans la plus
récente pédagogie. La décision de se charger de cette
position exigeante et précaire est présentée comme
volontaire.
D'autres deviendraient
des professeurs adjoints, écrit Sexton, choisis parce que il
ou elle, en abjurant une vie académique à temps plein, vient
dans la classe comme exemple de l'application de la création de
savoir dans le monde au delà des portes. […]
"Abjurer",
ce qui implique un abandon, sous serment, ou irrévocable,
décrit mal les conditions sous lesquelles la plupart des professeurs
adjoints s'accommodent d'une existence de pauvreté. Qui n'exprime
pas leurs aspirations. C'est un engagement à mi temps dans deux
directions : voilà la pirouette de Sexton sur des relations
de pouvoir grossièrement inégales. Il y aura aussi des professeurs
d'art, et certain d'entre eux pourront être titularisés (mais
la plupart, non), et aussi bien un petit carré de visiteurs d'élite
internationaux nommés comme global professors. Et finalement,
la cyber-faculté intégrera la recherche et l'enseignement
dans le nouveau monde du cyberespace d'enseignement.
La notion de gouvernance
des professeurs qui caractérisera cette université n'implique
pas un corps enseignant faisant, littéralement, marcher cette institution,
conclut Sexton. Il implique un engagement pris par la direction de
l'université pour un débat d'idées avec les professeurs,
dans un processus transparent qui leur permet de participer d'une manière
significative en façonnant à la fois les aspirations et
les stratégies. Étant donné l'inégalité
des droits et des statuts chez les enseignants et l'absence d'institutions
permettant une gouvernance forte des enseignants, il est cependant impossible
pour l'université de devenir ce qu'imagine Sexton : non seulement
une place protégée d'échanges ouverts et vigoureux,
mais aussi un espace sacré où les principes démocratiques
deviennent les modèles,.
Dans l'Université-Entreprise,
le marché est plus utile comme modèle que la démocratie.
Le marché accorde des avantages très différents non
seulement aux diverses catégories d'enseignants mais aussi à
l'intérieur du noyau privilégié des professeurs titulaires.
Les facultés de droit et de médecine offrent toujours des
rémunérations nettement supérieures à celles
des autres facultés, de manière à concurrencer les
autres agents du marché. Depuis plusieurs années, salaires
et indemnités dans l'université dépendent du marché.
NYU, aussi bien que d'autres institutions comme l'université de
la Californie du sud et l'université Vanderbilt se sont offert
des maîtres prestigieux et des enseignants déjà à
mi-carrière. L'acquisition par NYU d'un département d'excellence
de philosophie analytique en est l'exemple le plus souvent cité,
mais beaucoup d'autres départements ont participé tout autant
à l'embauche des stars. Résultat : d'énormes différences
de salaires entre facultés (les sciences en haut, les humanités
au fond) ; entre départements, selon qu'ils sont soutenus
ou non par l'administration ou qu'ils peuvent en accordant des licences
sur leur patrimoine intellectuel, ou d'une autre manière, faire
venir des fonds de l'extérieur ; entre hommes et femmes, avec
les femmes regroupées dans les niveaux les plus bas et dans les
départements où les salaires sont les plus bas. Et à
l'intérieur des départements, des différences de
revenus peuvent être considérables, surtout chez les plus
anciens des professeurs.
Lors de l'embauche des
vedettes et lorsqu'il s'agit de professeurs de NYU à qui on fait
à l'extérieur des offres intéressantes, le salaire,
la charge d'enseignement, l'aide à la recherche, les fonds de garde
d'enfants, les bourses d'études, tout est négociable. A
certains, on promet un centre qui serait à eux, à d'autres
on offre la perspective de plusieurs lignes à
remplir. Tandis que l'on prêche l'austérité
pour la plupart, il y a de l'argent en abondance pour certains. Une seule
chose n'est pas claire : combien ? Car les salaires ne sont
pas publics, et ceux qui acceptent une offre de NYU doivent signer un
accord de confidentialité.
A la fois les enseignants
et les directeurs de département sont ambivalents à propos
de ce marché qui les envahit, car il rend difficiles et longues
les négociations sur les embauches et les maintiens en poste. Cela
crée des inégalités visibles et des soupçons
corrosifs sur l'importance de ce que l'on cache. Cela demande aux professeurs
de chercher hors les murs une consécration sur le marché.
Assurément, Sexton a demandé aux professeurs de ne pas se
considérer comme des entrepreneurs indépendants et
a proclamé que NYU n'a pas besoin de – en fait ne doit
pas – participer à l'équivalent académique
d'un marché de baseball entre agences indépendantes Et
il insiste : pour lui tout le corps enseignant a intérêt
à accepter le marché comme normal, non irrationnel.
Bien qu'il produise toutes sortes de différentiations, le marché
sélectionne les meilleurs collègues. Qui plus est,
permettre au marché externe de fixer des rémunérations
– les obtenir valorise l'enseignant – est moins perturbateur
qu'un processus continu d'évaluation interne spécifique.
Sexton le reconnaît lui même : c'est un défi que
de créer une communauté en utilisant le marché comme
mesure de la valeur académique. C'est un défi que NYU a
singulièrement échoué à assumer.
Diminuer
les droits des enseignants
La grève du GSOC
n'a pas créé une division dans un corps enseignant autrefois
uniforme, elle a plutôt ajouté à un lot de divergences
déjà existantes des désaccords sur la syndicalisation
des universitaires. Cette grève a conduit une part importante des
enseignants à protester contre l'administration qui s'en prenait
à leurs prérogatives, mais elle a montré parallèlement
le pouvoir qu'avait l'administration d'imposer ses propres conceptions.
Les enseignants ont subi
au cours de la grève trois attaques contre leurs droits et prérogatives.
La première a été la 'Blackboardgate'.
Au début de la grève, le 9 novembre, plusieurs enseignants
s'aperçurent que des doyens et des responsables de premier cycle
s'étaient immiscés dans leur propres sites appelés
'tableau noir', et les utilisaient pour communiquer avec leurs étudiants
et afficher des messages. Les administrateurs étaient ainsi en
mesure de contrôler toutes les opérations et de communiquer
avec les étudiants. La seconde attaque survint le 23 novembre 2005,
quand le prévôt décida une transformation radicale
de l'attribution des diplômes, permettant aux étudiants qui
considèreraient que leur processus d'apprentissage avait été
interrompu de suivre des cours de type 'admis/collé' après
avoir reçu une note
de la part de l'enseignant. Cette nouvelle évaluation pouvait alors
permettre de satisfaire aux exigences de l'enseignement général
et de la dominante, et les étudiants pouvaient suivre des cours
bien au delà du délai normal, sans que cela figure sur leurs
relevés. Les étudiants pouvaient reprendre un cours gratuitement
un autre semestre ou dans une autre université et NYU paierait.
Un Centre des ressources académiques (ARC), dirigé par des
administrateurs, s'ouvrit pour aider les étudiants du premier cycle
qui venaient annoncer que l'assistant était en grève, et
que le professeur avait déplacé ses cours à l'extérieur
du campus. La troisième initiative unilatérale de l'administration
se produisit le 27 novembre 2005, lorsque furent annoncées des
sanctions à l'égard des grévistes : non seulement
on amputerait les salaires pour la période de grève, mais
en outre on interdirait aux grévistes d'enseigner le semestre suivant.
Le corps enseignant fut
très marqué par ces initiatives, qui avaient toutes été
prises sans consulter les enseignants. Dans une pétition de Faculty
Democracy, signée par deux cents enseignants, mais aussi dans
les textes et les motions des départements, les enseignants protestèrent
contre une 'intimidation agressive' 'une violation très grave de
la liberté académique' compromettant 'les principes de la
liberté du dialogue et des échanges' qui font partie intégrante
processus d'enseignement. Ils soulignèrent que seul, le corps enseignant
peut déterminer les méthodes de notation et les règlements
des départements et évaluer le travail des étudiants.
En février 2006, deux cent soixante dix enseignants signèrent
une lettre au président et au prévôt déclarant
que les sanctions étaient excessives et contraires aux valeurs
qui sont partie intégrantes du monde universitaire comme de la
société. Elles étaient infligées d'une manière
unilatérale, qui ignorait les procédures disciplinaires
en cours, au niveau de la faculté et du département, et
se mêlait de ce qui revient au département : décider
qui va enseigner.
Cette protestation était
encourageante, car elle venait des deux côtés, aussi bien
de ceux qui soutenaient la grève que beaucoup de ceux qui restaient
réservés par rapport au syndicat, mais, d'une manière
disproportionnée, elle venait surtout des sciences humaines. Plus
important : l'administration ne voyait aucun motif à cette indignation,
aucune nécessité de se justifier. S'introduire sur les sites
Blackboard n'était ni clandestin ni malveillant asséna
Sexton ; cétait plutôt une attitude responsable pour
assurer la continuité de l'enseignement. Le prévôt
se servit d'une justification identique pour sa révision radicale
de la politique de notation. L'administration ne daigna pas répondre
aux protestations sur les menaces de punitions envers les grévistes.
Dans chaque cas, l'administration refusa de s'intéresser aux raisons
sous-jacentes d'un tel intérêt des enseignants. Comme le
remarqua le professeur de sciences politiques, Christine Harrington, les
problèmes de moralité, d'éthique, et de liberté
académiques furent réduits à des questions de procédures.
L'administration était
capable d'imposer sa politique pendant la grève, aux dépens
des enseignants, parce que la restructuration préalable de l'administration
en entreprise avait centralisé la prise de décision, affaibli
les institutions de gouvernance enseignante, et encouragé ceux
qui se trouvaient au sommet à ignorer les intérêts
des chaires, ou des groupes spécifiques d'enseignants. Sexton avait
eu une vision claire de l'université-entreprise qui laissait aussi
peu de place à une gouvernance enseignante forte qu'il l'avait
fait pour les assistants syndiqués. Il a offert au reste de l'université
le choix entre être preneur ou être marginalisé.
La restructuration du
corps enseignant a contribué sensiblement à le rendre incapable
de défendre ses droits. Ceux qui protestaient provenaient essentiellement
de la minorité des enseignants qui étaient soit titulaires,
soit engagés dans le processus de titularisation. Beaucoup de leurs
collègues étaient indécis ou hostiles à l'égard
de GSOC/UAW en particulier, et à l'égard des syndicats en
général. Les enseignants avaient des attitudes ambiguës
à propos d'une action collective dans une organisation qui marchandisait
tous les aspects du travail académique, et en ce qui concerne les
institutions de gestion des enseignants. Celles-ci avaient une tradition
de timidité et de déférence à l'égard
de l'administration, tout en étant néanmoins ignorés
par elle. NYU avait créé une culture dans laquelle la "voix"
– terme favori de l'administration – devait être personnelle,
sur un sujet précis et non collective ou institutionnelle. Aussi
bien ceux qui s'opposèrent au syndicat, que ceux qui cherchèrent
– parfois ouvertement, souvent en privé – une troisième
voie entre l'UAW et la faillite du syndicat, ont engagé des réunions
secrètes et des négociations sous le rideau, lancé
des propositions à quelques enseignants ou administrateurs bien
choisis et les ont poussés du côté des étudiants
avancés. De telles actions ont affecté l'efficacité
potentielle des motions collectives et des réunions publiques de
protestation. Ils ont ainsi reflété et renforcé une
culture dans laquelle les enseignants privilégiés imaginaient
qu'une meilleure position sur le marché se traduirait par une plus
grande influence dans les décisions clés. L'administration
pouvait s'accorder avec eux, alors qu'elle ne voulait même pas admettre
des pétitions transmises par des membres de Faculty Democracy,
mais n'écoutait que ceux qui partageaient sa détermination
de détruire le syndicat.
Le jour avant le début
de la grève, plus de cinquante membres de Faculty Democracy
demandèrent à Sexton de négocier avec GSOC, en
l'avertissant que, comme à Yale, une longue grève créerait
une discorde croissante et une amertume durable. Sexton réussit
à briser la grève, mais GSOC continue à militer.
Infiniment plus divisés sur le GSOC que ne l'étaient à
Yale leurs équivalents très anti-syndicats, les enseignants
de NYU sont désormais plus irrités qu'avant, plus méfiants
l'un envers l'autre, et envers l'administration. Mais pour les leaders
de l'université-entreprise, la démoralisation des enseignants,
le cynisme et la division sont un modeste prix à payer pour l'écrasement
du syndicat, l'affaiblissement de la gouvernance enseignante, et les compte-rendus
délirants de The Economist.
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Mary Nolan,
professeur d'histoire,
Université de New York
THE UNIVERSITY
AGAINST ITSELF
THE NYU STRIKE AND THE FUTURE
OF THE ACADEMIC WORKPLACE
Temple University Press, Philadelphia
Voir
la contribution de Mary Nolan :
American Academic Capitalism at Home and Abroad
> traduction
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