Séminaire - Grammars of Listening : On Memory After Trauma (anglais)



© Juan Manuel Echavarría, Silencio rojo, 2012.
 
Ce séminaire de 8 séances est assuré par María del Rosario Acosta López (Université de Californie à Riverside), Chaire internationale de philosophie contemporaine de l’université Paris 8.
 
This seminar inquires into the kinds of “grammars” that would need to be inaugurated in order to render audible what otherwise remains unheard and unheard-of as a consequence of what we will analyze as “traumatic forms of violence” – in their capacity to silence, erase, hide and deny their own shattering effects. By “grammars” we will understand frameworks of sense broadly speaking – taking sense here both in terms of the sensible as well as in terms of meaning, conceptual and otherwise. Accordingly, to ask about these grammars is to ask how to radically redistribute sense in order to subvert the frameworks that decide in advance what “deserves” to be audible, memorable, grievable—or not. In Spanish I call them “gramáticas de lo inaudito,” since the word “inaudito” points both to the unheard and the unheard-of, namely, what hasn’t (yet) been rendered audible and what is ethically unacceptable. The seminar will trace the close connection between the two : it is precisely because traumatic violence inaugurates unprecedented forms of harm – forms of harm absolutely unheard of and which thus challenge our ethical imagination in radical ways – that we do not yet have the grammars to approach them properly and make them audible, much less intelligible or even believable. We will approach the subject by asking first about “trauma” from a philosophical perspective, inquiring into the kind of challenges it poses to our conceptions of experience, in order then to move into questions around the possibilities of its representation, memorialization and historical indexation – that is, into the conditions of possibility of more radical form of listening. Art will play an essential role in this context, and we will study ways in which works of art resist oblivion and inaugurate grammars that make audible what has been rendered inaudito (we will bring in examples from Latin America, in contexts of political violence where we find radical forms of silencing and erasure).
 
Ce séminaire s’interroge sur les types de "grammaires" qu’il faudrait inaugurer pour rendre audible ce qui, autrement, reste inaudible et inouï, conséquence de ce que nous analyserons comme des "formes traumatisantes de violence" - dans leur capacité à silencier, à effacer, à cacher et à nier leurs propres effets bouleversants. Par "grammaires", nous entendons les cadres de sens au sens large - qui prennent ici tout leur sens en termes de sens et de signification, conceptuelle et autre. Par conséquent, s’interroger sur ces grammaires, c’est se demander comment redistribuer radicalement le sens afin de subvertir les cadres qui décident à l’avance de ce qui "mérite" d’être audible, mémorisable, critiquable - ou non. En espagnol, je les appelle "gramáticas de lo inaudito", car le mot "inaudito" désigne à la fois ce qui n’a pas été entendu et ce qui est inouï, c’est-à-dire ce qui n’a pas (encore) été rendu audible et ce qui est éthiquement inacceptable. Le séminaire retracera le lien étroit entre les deux : c’est précisément parce que la violence traumatique inaugure des formes de dommages sans précédent - des formes de dommages absolument inouïes et qui défient donc notre imagination éthique de manière radicale - que nous ne disposons pas encore des grammaires pour les aborder correctement et les rendre audibles, encore moins intelligibles ou même crédibles. Nous aborderons le sujet en nous interrogeant d’abord sur le "traumatisme" d’un point de vue philosophique, en nous interrogeant sur le type de défis qu’il pose à nos conceptions de l’expérience, pour ensuite nous interroger sur les conditions de possibilité de sa représentation, de sa mémorisation et de son indexation historique - c’est-à-dire sur les conditions de possibilité d’une forme d’écoute plus radicale. L’art jouera un rôle essentiel dans ce contexte, et nous étudierons comment les œuvres d’art résistent à l’oubli et inaugurent des grammaires qui rendent audible ce qui a été rendu inaudito (nous apporterons des exemples d’Amérique latine, dans des contextes de violence politique où nous trouvons des formes radicales de silence et d’effacement).
 
María del Rosario Acosta López est Professeure titulaire du Département d’Études hispaniques de l’Université de Californie à Riverside depuis 2019. Elle est Docteure de philosophie de l’Université nationale de Colombie et était Professeure Assistante de l’Université des Andes à Bogota avant d’enseigner aux États-Unis en tant que Professeure Assistante de philosophie à l’Université DePaul. Elle enseigne et mène des recherches sur l’esthétique, la théorie critique, la philosophie politique et, plus récemment, sur les études décoloniales, en mettant l’accent sur les questions de mémoire et de traumatisme dans les Amériques. Acosta dirige également des ateliers sur la mémoire libératrice, s’occupe des questions de mémoire historique dans des contextes de justice transitionnelle et a travaillé avec des survivants de la violence politique, en Colombie avec des communautés survivant à la violence paramilitaire et plus récemment à Chicago avec des survivants de la torture policière.
Ses publications les plus récentes sont consacrées à l’esthétique de F. Schiller, l’esthétique de la résistance dans l’art latino-américain, les perspectives décoloniales sur la mémoire et l’histoire ainsi que sur l’injustice et la violence épistémiques. Elle travaille actuellement à la révision finale de son prochain livre, Gramáticas de lo inaudito : pensar la memoria después del trauma (Herder, 2022), et à l’édition de deux livres à paraître, l’un en espagnol sur la communauté chez Hegel, Nancy, Esposito et Agamben (Narrativas de la comunidad : de Hegel a los pensadores impolíticos), un autre en anglais, The Unstoppable Murmur of Being-Together, co-écrit avec Jean-Luc Nancy et le Groupe sur le droit et la violence. Un livre sur le projet politico-esthétique de Schiller, provisoirement intitulé Aesthetics as Critique, est également en préparation.

Organisation

10 mars 2021 : 16h00 - 18h00

From Aesthetics as Critique to Grammars of Listening : On Reconfiguring Sensibility as a Political Task
17 mars 2021 : 16h00 - 18h00

Trauma and the Breakdown of all Grammar
24 mars 2021 : 16h00 - 18h00

Storytelling and Grammars of Silence
31 mars 2021 : 16h00 - 18h00

Grammars of Listening and the Task of Imagination
7 avril 2021 : 16h00 - 18h00

On Political Violence and the Colonization of Listening
14 avril 2021 : 16h00 - 18h00

Listening to the Erasures of History
21 avril 2021 : 16h00 - 18h00

The Sound of Disappearance
5 mai 2021 : 16h00 - 18h00

Decolonizing Grammars, Decolonizing Memory

Abonnez-vous à la newsletter de l'université Paris 8