Rencontre avec Michael Haneke



Dans le cadre de SUPER 8, l’année du cinéma, Michael Haneke, cinéaste, scénariste et metteur en scène autrichien, reçoit le titre de Docteur Honoris Causa.
 
 
 
Vendredi 11 mai 2012
Amphi X
 
 
Au programme :
  • 09h00 : projection du film Caché (2005)
  • 11h00 : rencontre avec Michael Haneke en présence de :
    • Michel Cieutat, critique de cinéma
    • Philippe Rouyer, critique de cinéma
  • 12h00 : remise du titre de Docteur Honoris Causa
  • 12h30 : cocktail

 
 
 
Programme

 
 
Michael
Haneke est un cinéaste, scénariste et metteur en scène autrichien né en
1942. Il suit des études de philosophie, de psychologie et d’art
dramatique à Vienne dans les années 60, avant de devenir critique de
cinéma puis metteur en scène de théâtre et enfin réalisateur pour la
télévision et le cinéma. Figure majeure du cinéma européen, Michael
Haneke est un artiste qui possède pleinement la maîtrise d’un art et
d’une œuvre résolument tournés vers la psychologie du spectateur. Son
œuvre éminemment réflexive et autoréflexive constitue une source
d’inspiration importante pour la recherche universitaire sur le cinéma,
dans ses enjeux théoriques et sociétaux.
 
Après plusieurs téléfilms remarqués au cours des années 70 et 80, Michael Haneke signe un premier long-métrage de cinéma en 1989 avec Le Septième Continent, premier volet de sa trilogie de la « glaciation émotionnelle » ("emotionale Vergletscherung"), qui manifeste sa capacité à saisir les ressorts de la violence dans la société contemporaine et sa dérive vers une forme de déshumanisation des rapports sociaux jusque dans le cercle familial.
 
La trilogie de la « glaciation » se poursuit avec Benny’s Video (1992) et 71 fragments d’une chronologie du hasard (1994), sélectionnés à la Quinzaine des Réalisateurs. Inspirés de ces faits divers, relayés par les médias et qui choquent l’opinion sans que l’on parvienne à en déchiffrer la signification, ces premiers films de Michael Haneke paraissent tout aussi dérangeants que les faits qu’ils relatent, par la froideur et la mécanique irrésistible de la violence qu’ils mettent en scène.
 
Son premier film présenté en compétition à Cannes, Funny Games (1997) fait accéder Michael Haneke à la notoriété en même temps qu’il créé une polémique sur la représentation de la violence au cinéma, comparable à celle qu’avait suscité Orange mécanique de Kubrick dans les années 70. Le calvaire de cette famille de bourgeois autrichiens séquestrée, torturée puis massacrée à l’écran est pour le spectateur, littéralement pris à témoin par les deux adolescents sadiques qui commettent le crime, une expérience des plus éprouvantes, psychologiquement et physiquement. Le dispositif narratif, qui implique le spectateur dans le déroulement du film, incite à une réflexion profonde sur la représentation de la violence et les valeurs de la société occidentale, plus encore que sur la violence elle-même. Les réactions parfois outrées générées par Funny Games sont autant de confirmations de la réussite du film aux yeux de son auteur : « Je trouve cela normal. Quand on vous donne une gifle, vous réagissez ! ». Funny Games illustre parfaitement le projet artistique de Haneke, qui fait des films pour provoquer des réactions – quelles qu’elles soient – chez ses spectateurs, pour qu’ils ne soient plus tout à fait les mêmes après la projection d’une de ses œuvres ni des « consommateurs » impassibles.

En 2000, il réalise Code inconnu, avec Juliette Binoche, qui confirme l’ambition de Michael Haneke de mettre le spectateur au cœur de ses procédés cinématographiques. Comme l’indique le titre, le film demande la participation active du spectateur auquel est présenté un puzzle narratif dont il doit déchiffrer lui-même le sens pour en regrouper les pièces. Film simulacre, Code inconnu approfondit la question de la difficulté de communication entre les êtres et pour chacun de trouver sa place dans la société.
 
C’est avec La Pianiste (2001), avec Isabelle Huppert et Benoît Magimel, que Michael Haneke connaît la consécration (Grand Prix du Jury du festival de Cannes et Prix d’interprétation pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel) et son premier grand succès public. Librement adapté d’un roman de Elfriede Jelinek, ce film sombre met en scène les vices et frustrations d’un professeur de piano qui sous une apparente froideur est déchirée par la violence de ses passions les plus enfouies. Conscient de ses effets, le film exerce une sorte de manipulation jubilatoire des sentiments du spectateur.

En 2005, avec Caché, Michael Haneke retrouve Juliette Binoche pour un autre film qui, comme Code inconnu, repose sur le mystère et l’occultation de son propre sujet, qui est comme « caché » : les fantômes de la guerre d’Algérie. Le film recoupe ainsi formellement une sorte de déni social et d’enfouissement de la mémoire historique de la société française à l’égard de son passé colonial.
 
Après avoir provoqué les spectateurs européens en 1997, c’est pour adresser un message au public américain qu’il réalise dix ans plus tard un remake de Funny Games avec Naomi Watts et Tim Roth. Pour que le film soit vu aux Etats-Unis, où sa signification prend une teneur particulière, Haneke sait qu’il doit être réalisé en langue anglaise, avec des acteurs connus du « grand public ». Il reprend ainsi plan par plan à l’attention du public américain ce grand film théorique dans lequel il s’ingénie à déconstruire la représentation de la violence et à déjouer les réflexes moraux des spectateurs.
 
En 2009, Haneke retrouve sa langue maternelle avec Le Ruban blanc, qui donne une autre profondeur historique à sa réflexion sur les origines de la violence, en l’occurrence celle du nazisme. Le film fait écho aux théories de l’école de Francfort qui expliquent les origines du nazisme, entre autres causes, par les rigueurs de l’éducation protestante et de l’autoritarisme patriarcal dans les familles allemandes au début du XXe siècle. Tourné en noir et blanc, Le Ruban blanc met en scène un village allemand en 1913, théâtre d’accidents mystérieux qui révèlent la violence domestique de ses habitants et notamment de ses enfants, qui se débattent et se mutilent, en dépit ou à cause de la pression des autorités morales et religieuses qui s’exercent sur eux. Le film reçoit la Palme d’or à Cannes et consacre Michael Haneke comme l’un des plus importants cinéastes européens d’aujourd’hui.
 
En remettant le titre de docteur honoris causa à Michael Haneke, Paris 8 rend ainsi hommage à l’une des plus fécondes œuvres du cinéma européen, à un cinéaste qui allie un traitement provocateur des problématiques sociétales contemporaines à une esthétique exigeante et une réflexion pénétrante sur la place des images dans la société. Michael Haneke, qui enseigne à l’Académie de cinéma de Vienne, est à la fois un artiste et un grand connaisseur de l’art cinématographique dont il contribue à renouveler tant la théorie que la pratique. En accueillant ce cinéaste francophone et francophile dans sa communauté universitaire, l’université reçoit un auteur majeur et un grand humaniste dont les engagements trouvent un écho puissant à Paris 8.

 
 
Entrée libre

Pour en savoir plus sur l’année du cinéma : www.cinema2012.univ-paris8.fr
11 mai 2012 : 15h36 - 16h36

En remettant le titre de docteur honoris causa à Michael Haneke, cinéaste, scénariste et metteur en scène autrichien, Paris 8 rend ainsi hommage à l’une des plus fécondes œuvres du cinéma européen.
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