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  • À Barra do Pirai, au Brésil, la gare réinventée

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  • À Barra do Pirai, au Brésil, la gare réinventée

     

    Frederico, Rafik et Pascaline

    Frederico Nepomuceno est metteur en scène, doctorant, chargé de cours au sein du département Théâtre de Paris 8, et grand – il a été un joueur de basket de haut niveau. Pendant trois mois, en compagnie de cinq de ses étudiants, et de sa collègue Louise Roux (chargé de cours également), il sera à Barra do Pirai, précisément au cœur de cette ville moyenne de l’état de Rio de Janeiro, dans sa gare. L’objectif : réhabiliter ce lieu désaffecté, structurant de l’espace public et social, et créer du lien entre les habitants autour de propositions artistiques et culturelles. Avec Pascaline Robinot et Rafik Fetmouche, deux étudiants en licence 3, ils nous présentent ce projet de grandeur humaine. 

     

     

    Pouvez-vous nous parler de Station 2.0, le projet qui vous occupera ces trois prochains mois, vous, Louise Roux, et cinq de vos étudiants en théâtre ? Qu’est-ce qui l’a impulsé ?

     

    F. N. : Le projet s’est construit à partir de recherches effectuées dans le cadre de mon doctorat. Je m’étais alors rendu à Barra do Pirai, à la recherche d’espaces désaffectés.

     

    Vous aviez choisi cette ville par hasard ?

     

    F. N. : Pas du tout, j’avais pour habitude d’y aller dans mon enfance, et j’entretiens toujours des relations amicales avec certains de ses habitants. J’y ai trouvé des lieux vacants qui m’ont paru intéressants, surtout dans une ville marquée par l’absence de pratiques artistiques et culturelles. Cela coïncidait avec le sujet de mes recherches. Je suis donc parti à la mairie avec mon dossier sous le bras pour défendre mon projet. Les membres des services culturels locaux ont été emballés. La première année, j’ai investi une caserne militaire désaffectée qui datait du 18e siècle. Elle avait été laissée à l’abandon dans les années 1930, puis restaurée par un entrepreneur, sans pour autant être utilisée depuis. Mon propos est de travailler avec des habitants en demande de pratiques artistiques. Sur place, le processus créatif se conçoit avec les gens qui le souhaitent. Au fur et à mesure, un réseau se crée et des partenariats naissent.

    Par la suite, j’ai voulu investir la gare de Barra do Pirai. Jusqu’en 1950 environ, elle représentait un symbole économique et politique fort, et une structure fondamentale de l’espace social. Elle s’est transformée avec la ville, qui s’est modernisée après avoir connu une période féodale, et l’apogée de l’industrie du café. Cette gare renferme une partie de la mémoire affective de Barra do Pirai. Les entretiens réalisés avec des habitants témoignent de leur nostalgie de cette époque, notamment envers les cheminots, figures respectées et admirées. Le nom Station 2.0 est une trouvaille des étudiants ! Ce projet sera de nouveau l’occasion d’inviter des artistes – plasticiens, danseurs, metteurs en scène, etc. – à participer au travail de recherche, tant pour s’exprimer artistiquement que, et surtout, pour transmettre à la population un savoir-faire (même s’ils ne sont pas forcément liés à une structure éducative). Ce à partir d’exercices et d’ateliers prenant corps dans un processus de création cadré. Cela donne de la force, notamment aux personnes peu accoutumées aux pratiques artistiques. 

    Quels seront les types de création que vous proposerez ?

     

    F. N. : Dès le départ, en 2014, j’ai voulu travailler sur l’« enfermement » du groupe, et j’utilise volontairement ce terme fort. Que ce soit dans la caserne ou dans la gare, j’ai eu besoin de former des groupes, et de créer une cohésion, un élan. Le théâtre fonctionne sur un modèle communautaire et collectif, tout le monde se connaît. J’ai souhaité l’année dernière ouvrir la gare avant la fête, c’est-à-dire avant la représentation. L’enjeu final est quand même d’ouvrir la gare à la population, et de la restituer en sa qualité de lieu public. Nous avons donc invité des gens à participer en amont à de petites scénettes, suivies de débats. Les spectacles que nous donnons sont itinérants : le public est amené à se déplacer, peut se retrouver entouré des acteurs au cours d’une scène d’agora. En travaillant sur les rêves des habitants, on a compris qu’ils percevaient la gare comme un lieu polyvalent. Cette année, nous ambitionnons de réaliser leurs rêves ! Le premier mois de notre arrivée sera dédié au processus de création d’un nouveau spectacle. Parallèlement, nous nous attellerons à la programmation culturelle, qui verra la participation d’au moins vingt-cinq artistes le soir, après différents ateliers proposés la journée. La programmation sera éphémère, circonscrite par la temporalité de la résidence.

    Comment souhaitez-vous pérenniser l’action culturelle au sein de la gare après votre départ ?

     

    F. N. : Je n’ai pas l’ambition de devenir directeur d’un espace culturel. Avant de pérenniser ce lieu, il faut avant tout le restaurer. Après vingt années d’abandon, il a été dégradé par le temps. Nous voulons proposer des possibilités aux habitants, pour faire advenir la réhabilitation de la gare. C’est encore frais. Au départ, les hommes politiques locaux n’étaient pas intéressés. Désormais, ils sont derrière nous. En contrepartie, l’espace de création dont nous disposions tend à se borner. Nous verrons sur place comment y remédier. 

     

    La mise en scène est-elle différente dans un lieu qui n’a pas été pensé, au départ, pour accueillir l’art ?

     

    F. N. : Cela nous permet de sortir de l’ordinaire, d’élargir les possibilités. En tant qu’étudiant-doctorant, je suis conscient de la saturation de l’espace d’expression artistique, d’autant plus criante dans le théâtre public français. Il est très difficile de s’y faire une place. Investir un autre espace ouvre à une forme de respiration et d’expérimentation. Il est possible de requalifier la ville, et ses espaces caduques, oblitérés. Je ne néglige rien, il suffit de me donner un bout de terrain ! D’autres projets arrivent, notamment ici à Saint-Denis, et prochainement dans la casbah d’Alger. Par ailleurs, nous envisageons d’investir un centre pénitencier désaffecté à Montréal.

    Pouvez-vous nous présenter la compagnie Hoc Momento que vous formez ?

     

    R. F. : Nous sommes cinq étudiants en licence théâtre, accompagnés par Frederico et Louise Roux. Le projet de Barra do Pirai a pris naissance lors d’un cours de Frederico portant sur le théâtre d’infiltration. Dans ce cadre, nous avons occupé un espace dans le hall du bâtiment A pour y jouer un spectacle traitant de Mai 68. Puis, Frederico nous a proposé de participer au projet Les Grands Voisins, dans l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris. Nous y sommes restés trois mois en résidence pour créer avec des migrants africains le spectacle Yassa. C’est là-bas que nous nous sommes « rencontrés », en dehors du milieu universitaire déjà, et autour d’une création artistique.

     

    Prévoyez-vous de restituer ce projet culturel à votre retour du Brésil ?

     

    F. N. : Nous aimerions que les étudiants proposent une journée d’études autour de leur expérience. Puis que, collectivement ou individuellement, il soit rendu compte par écrit de ce projet. Je souhaite que les étudiants parviennent à développer leur réflexion sur le théâtre et sur la pratique. Par ailleurs, Louise Roux et moi-même sommes invités à communiquer autour de l’événement au CNRS à Rio.

     

    À l’heure actuelle, êtes-vous parvenus à réunir suffisamment de fonds ?

     

    F. N. : Pas encore. Heureusement, nous bénéficions d’aides, mais elles sont insuffisantes. Un tel projet est coûteux, ne serait-ce que pour nourrir et loger cinq personnes pendant trois mois. Je dois donc mettre un peu de ma poche. C’est pour ça que lorsque je rentre, je suis comme un fou, il faut absolument que je travaille !

     

    Quelle va être l’urgence, à votre arrivée ? Les premières choses à mettre en place ?

     

    R. F. : En premier lieu, découvrir l’espace, une autre culture, une autre langue. Cela prend du temps.

     

    F. N. : Je répète aux étudiants que notre travail ne se limite pas à ce projet, car il y aura ensuite la France, à Saint-Denis, et l’Algérie, à Alger. Barra do Pirai est une étape à partir de laquelle nous devons nous projeter, et le futur ce sera en 2018 le spectacle que nous monterons dans la casbah, à l’occasion d’un festival international de théâtre. Avant, nous aurons deux étapes pour nous échauffer. 

     

    Que pensez-vous que cette expérience hors du commun dans un parcours estudiantin puisse vous apporter ?

     

    P. R. : C’est idéal car on poursuit notre travail avec Hoc Momento, dans un groupe déjà constitué, mais dans un nouveau cadre, avec des interlocuteurs différents. C’est génial de participer à ce genre de projet en complément des enseignements.

     

    F. N. : C’est en-dehors des cours, mais le projet s’établit par une convention de stage signée entre Paris 8 et la mairie de Barra do Pirai. Cette expérience va donc être validée au sein de leur cursus. 

     

    Pouvez-vous me présenter votre projet, Montjoie ! Saint-Denis ! ?

     

    F. N. : Lorsque le projet a commencé à Barra do Pirai, j’étais convaincu qu’il me fallait trouver à Paris un espace afin de pratiquer le théâtre, que j’avais été contraint de laisser de côté durant mes études. Outre le projet aux Grands Voisins, je me suis présenté à Mains d’Œuvres. Nous y serons en résidence à l’ « Espace Imaginaire », une friche gérée par MdO à la Plaine, dès notre retour du Brésil, même si nous avons d’ores et déjà commencé les recherches pour ce spectacle. C’est encore un projet porté par notre compagnie Hoc Momento. Nous sortons de l’université pour faire cours directement dans l’espace public. Nos partenaires seront évidemment Paris 8, mais également Main d’Œuvres, l’Académie Fratellini, la mairie de Saint-Denis, ainsi que les structures sociales de la Plaine. Un réseau collaboratif s’est formé autour du projet. Par exemple, les costumes seront confectionnés par une association de couture qui travaille avec des détenus au sein de la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, le décor sera élaboré par une association roumaine œuvrant dans la récupération et les matériaux recyclables, etc. Les habitants participeront également. Il s’agira d’un projet territorial : l’ancrage à Saint-Denis sera primordial. J’ai toujours souhaité créer une antenne de Paris 8 dans la ville de Saint-Denis, dans l’optique de déplacer l’université hors de son campus pour aller à la rencontre des gens. L’intérêt est de créer des liens humains, et que les étudiants soient les premiers acteurs concernés. 

     

    Quel a été votre parcours ?

     

    F. N. : Je suis journaliste de formation, mais j’ai rapidement quitté la profession car le métier ne correspondait pas à mes attentes. Je suis revenu vers ma première passion, le théâtre, en créant une troupe. Puis, lorsque je suis arrivé à Paris, j’ai décidé de reprendre des études de théâtre, ici à Paris 8. J’ai mieux compris le théâtre, et j’ai essayé de le mettre en lien avec mon enfance, très liée à la rue – j’ai grandi dans une île dans la baie de Rio, dans une ambiance familiale. Avec des enfants de mon âge, nous investissions des maisons vacantes, des terrains vagues, des espaces abandonnés. J’étais également un joueur de basket de haut niveau. Ces deux « expériences », l’espace public et le groupe, expliquent mon élan pour le théâtre. Lorsque j’étais à Paris 8, j’ai eu la chance d’effectuer un stage avec un metteur en scène brésilien, Antonio Araujo, du Théâtre du vertige. Sa démarche consiste à investir la ville. Il m’a retourné la tête, mais ça m’a structuré pour la suite… 

     

    Visionner un reportage consacré aux débuts du projet à Barra do Pirai.

    Visiter la plateforme présentant le projet.

     

     

    Entretien réalisé par le service communication.

     

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