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  • Iegor Groudiev, nouveau directeur de la BU

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    Iegor Groudiev

     

    Iegor Groudiev est, depuis la rentrée de septembre 2017, le nouveau directeur de la bibliothèque universitaire de Paris 8. Ce conservateur des bibliothèques, passé par la BnF et la Direction de l’Information Légale et Administrative, présente les défis auxquels ce haut lieu du savoir et de la transmission devra faire face dans les prochains mois. 

     

     

    Vous êtes arrivé récemment, non ?

    J’ai officiellement pris mes fonctions au début du mois de septembre.

    Quel est votre profil ?

    Je suis conservateur des bibliothèques. J’ai commencé ma carrière à la Bibliothèque nationale de France, où j’étais en charge du dépôt légal des périodiques – revues, journaux, magazines, etc. Il s’agit d’une vaste machinerie consistant à réceptionner tous les jours les quantités impressionnantes de journaux et revues publiés en France. Tous les éditeurs ont pour obligation d’envoyer un exemplaire en dépôt légal à la BnF. Le service dont je m’occupais avait pour vocation de réceptionner, trier et envoyer les publications vers les magasins de conservation. J’ai ensuite rejoint le ministère de la Culture, avec pour mission d’y créer un Observatoire de la lecture publique. Le ministère conduit chaque année une enquête statistique – un questionnaire portant sur l’activité des bibliothèques de lecture publique. Lors de mon arrivée, elle avait quelque peu perdu de sa dynamique initiale, notamment car les bibliothèques municipales se plaignaient du peu de valorisation des chiffres collectés. Je me suis employé à « resserrer » l’enquête, à l’adapter à l’évolution des différents métiers et à créer un site Internet où les résultats puissent être publiés ; ce afin de créer une cartographie dynamique de la situation de la lecture publique sur les différents territoires. Le nombre de bibliothèques répondantes a augmenté, et l’enquête est devenue plus représentative. Par la suite, j’ai été en charge des centres documentaires d’une direction de l’administration centrale dépendant des Services du Premier ministre, la DILA (Direction de l’Information Légale et Administrative). La DILA est issue de la fusion de deux entités : la Direction des journaux officiels – qui publie chaque jour le Journal officiel – et la Documentation française, éditeur public créé à la Libération. La Documentation française abritait un centre de documentation accueillant étudiants, chercheurs et citoyens désireux de s’informer, principalement sur des problématiques liées aux relations internationales, au droit et à la science politique. Les volumes papier du Journal officiel y sont également consultables dans leur intégralité. Il était consulté non seulement par les chercheurs, mais aussi par les personnes d’origine étrangère, qui y retrouvaient leur décret de naturalisation. J’ai également participé au projet de numérisation intégrale du Journal officiel, dont seuls les numéros antérieurs aux années 1940 étaient jusqu’à présent consultables sur Gallica (bibliothèque numérique de la BnF). Le Journal officiel est désormais uniquement publié sous format numérique.

    Vous avez pris récemment la direction de la Bibliothèque universitaire. Qu’est-ce que ce lieu représente pour vous ?

    Mon parcours antérieur m’a plutôt confronté à l’administration et aux bibliothèques publiques. Prendre la direction d’une bibliothèque universitaire me permet de découvrir des enjeux nouveaux. À la bibliothèque de Paris 8, je suis ravi de me confronter à des publics aussi divers que les étudiants, les enseignants-chercheurs et même le public extérieur d’Ile-de-France que nous accueillons également. Il est passionnant de pouvoir satisfaire les exigences pointues de la communauté universitaire et des demandes plus « grand public ». 

    Comment adapte-t-on ses services et son catalogue à la diversité de son public ?

    Aujourd’hui à la bibliothèque, nous proposons des services très variés. Notre offre va des salles de travail en groupes ou de pédagogie numérique avec du matériel de pointe à des ateliers de conversation pour pratiquer une langue, ou encore le prêt d’ordinateurs portables. Le développement de collections, que nous souhaitons à la fois poussé et éclectique, doit donner à voir un état de la recherche actuel, et que ce contenu cohabite avec des contenus plus accessibles. Notre volonté est de proposer un large panorama, tous contenus confondus.

    Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur ?

    Depuis l’année dernière, un « learning center » a été mis en place. Il s’agit d’un espace de travail différent des espaces classiques. Le travail peut y être collaboratif et les ressources utilisées différemment. Aujourd’hui, nous souhaiterions réhabiliter certains espaces auxquels les usagers n’ont pas accès – en particulier dans les magasins – pour créer de nouveaux usages. Cela nécessite de travailler de concert avec la direction du patrimoine et la direction générale des services, dans le cadre du projet « cœur de campus », afin d’inventer entre les acteurs de la communauté universitaire une nouvelle manière d’interagir. Nous envisageons également d’améliorer la visibilité de la bibliothèque en ligne afin de mieux capter le public extérieur.

    La documentation universitaire basculant toujours davantage vers le numérique, nous acquérons de plus en plus de ressources électroniques. Ces contenus coûteux rognent sur les budgets du papier et sont insuffisamment mis en valeur. Les étudiants n’ont par exemple pas toujours le réflexe de faire appel à ce type de documentation. Nous souhaitons ainsi implémenter un « outil de découverte », c’est-à-dire un moteur de recherche, qui permettra d’accéder de façon simple et intuitive à l’ensemble de nos ressources documentaires, numériques ou papier. Pour ce faire, nous allons indexer la totalité des ressources dont nous disposons et nous allons proposer une recherche par mots-clés sur l’ensemble de ce corpus. La recherche permettra d’accéder non seulement aux notices des documents papier et électroniques, mais surtout d’effectuer une recherche sur le texte intégral de nos ressources électroniques. Cela permet donc de donner une visibilité beaucoup plus grande à toute la masse d’informations aujourd’hui disponible pour les étudiants et les chercheurs. Une telle quantité de données posera nécessairement des problèmes de « bruit » dans les réponses, et nous ferons en sorte que l’utilisateur puisse sérier efficacement sa recherche. La bonne information doit apparaître rapidement dans les réponses aux requêtes. Il nous faudra enfin adapter notre site Internet à cette « révolution » de la recherche. Il sera repensé et placera en son centre le nouvel outil de découverte.

    D’un point de vue ergonomique et architectural, que pouvez-vous nous dire de ce lieu ?

    C’est un des aspects qui m’a encouragé à rejoindre cette bibliothèque. J’ai été, et je suis toujours, impressionné par le caractère vaste et lumineux des espaces. Avec environ 15 000 m2, il s’agit d’une des plus grandes bibliothèques universitaires d’Île-de-France. En dépit de sa taille, son ergonomie est tout à fait lisible. Il est donc très agréable d’y travailler, que ce soit en tant que professionnel, étudiant, chercheur ou personne extérieure. Le pont qu’elle forme relie les deux espaces de l’université. La bibliothèque universitaire bénéficie par ailleurs du label Marianne, qui témoigne de notre niveau d’excellence dans la relation à l’usager. Ce label fera l’objet d’une réévaluation cette année afin d’être éventuellement reconduit pour trois ans. Nous voulons montrer que nous repensons constamment les services aux publics.

    L’entrée de la bibliothèque comporte un espace dédié aux expositions. Quelle est l’importance d’un tel lieu ?

    J’ai toujours considéré qu’il fallait faire « entrer » les étudiants dans la bibliothèque. Le fait qu’ils soient les créateurs de certaines productions exposées est une des manières d’y parvenir, comme nous pouvons attirer les chercheurs en valorisant les travaux de recherche. C’est donc un espace potentiel d’exposition de leurs travaux, et surtout un lieu vivant où la richesse créative de l’université s’exprime. Nous collaborons également avec des laboratoires de recherche autour, par exemple, de nouvelles pédagogies numériques. Nous réinvestissons leurs travaux à l’aune des services que nous offrons, principalement l’accès à l’information ou la pédagogie numérique. 

    Que gardez-vous de l’histoire de l’université Paris 8, et de ses expérimentations pédagogiques ?

    D’une certaine manière, j’ai le sentiment de pouvoir participer à cette aventure exceptionnelle. Il faut que nous parvenions à reproduire ici l’ancrage qui était celui de l’université à Vincennes, et perpétuer cette tradition d’un engagement à la fois politique, citoyen et universitaire. Il serait bon de créer un « esprit de Saint-Denis » dans la continuité de « l’esprit de Vincennes », même si je sais que le contexte est différent, et difficile. Je suis fier d’appartenir à cette communauté et de défendre ses valeurs.

     

     

    Visiter le site de la bibliothèque universitaire.

     

    Entretien réalisé par le service communication.

     

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