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  • Margot Zervelis, en voiture !

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    Margot Zervelis, en voiture !

    Margot Zervelis travaille chez Blablacar, pourtant elle aime les personnages qui errent. Après un master 2 Réalisation et création ponctué d’un court-métrage remarqué dans plusieurs festivals internationaux, elle étudie, notamment chez Robert Kramer et Barbara Loden, ces individus sans-racines qu’un souffle propulse à droite, à gauche. Interview tout en couleurs.

     

    Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

    Après l’obtention d’un bac L, j’ai effectué tout mon parcours universitaire à Paris 8. J’ai commencé à étudier le cinéma dès la licence. Je ne savais pas encore vraiment ce qui m’intéressait dans cette discipline, ni quel métier pouvait me plaire. J’avais le désir d’intégrer une école de cinéma, mais je pensais ma culture insuffisante. J’espérais que l’université puisse, par son approche théorique, cimenter mes connaissances. Au terme de ma licence – et après y avoir notamment étudié, dans le cadre de mon travail de recherche, la mise en scène du corps dans le cinéma de propagande (1929-1943) –, je me suis décidée à tenter le concours de la Fémis. J’ai passé plusieurs étapes, mais je n’ai finalement pas été retenue. Sur le coup, c’était une grosse déception. J’ai poursuivi mon cursus en master Réalisation et création à Paris 8.

    Comment cela s’est-il déroulé ?

    Nous avions deux années pour réaliser notre projet de court-métrage. Mon scénario de départ a beaucoup évolué, et a donné naissance à mon deuxième court-métrage, Même pas peur. Le contenu de la formation m’a tellement plu que je n’ai même pas eu envie de repasser le concours de la Fémis. La première année était dévolue, entre autres, à des cours de scénario, de production, et de solidification des bases (de manière générale). Nous avons eu la chance de rencontrer des professionnels du cinéma, et de les interroger sur la réalité de leur métier. J’ai également réalisé deux stages, l’un en casting et l’autre en mise en scène, ce dernier me permettant de découvrir la fonction d’assistant réalisateur. Le master 1 se conclue par un « état des lieux » avec les enseignants afin d’analyser la progression des projets. Le master 2 est dédié à la préparation du tournage, au tournage et à la post-production : montage, mixage, étalonnage, etc.

    Votre projet de court-métrage s’appelait au départ Le Saut.

    Le titre a changé au fil de la réécriture du scénario. Le film a été tourné sur l’île de Port-Cros. Il s’agissait de mon deuxième court-métrage, après celui que j’avais réalisé au cours de ma troisième année de licence, lors d’un atelier dirigé par Eugénie Zvonkine. Cette dernière a eu des mots très justes et constructifs sur mon travail. J’avais besoin de les entendre à cette période de ma vie – moment fragile où l’appréciation de la création dépasse le cercle de l’entourage. J’ai été renforcée dans mon désir d’être cinéaste. Nous déconstruisions notamment dans le détail des extraits de ce que nous filmions. Ce fut très instructif. J’ai été encouragée à me diriger vers ce pour quoi, je pense, je suis faite. À paris 8, tous les enseignants savaient qui nous étions, nous étudiants, ce qui est très précieux à l’université. J’ai envoyé Même pas peur dans de nombreux festivals, et il a finalement été sélectionné dans une quinzaine d’entre eux, notamment à l’étranger – en Chine, au Mexique, en Argentine, en Allemagne... D’une certaine manière, le retour du public m’a ensuite permis de prolonger le travail, et la vie du film. J’étais avide de ces commentaires sur ma création, même si c’était chronophage.

    Vous souvenez-vous de ce qui vous a donné envie de faire du cinéma ?

    C’est difficile à expliquer. J’ai toujours eu un attrait pour le cinéma. C’était évident pour moi. Au début, il s’agissait d’une activité de plaisir, liée à quelque chose d’interdit, de limité. Je n’y avais droit que lorsque j’avais terminé mes devoirs ! Je me rappelle qu’au collège, lors d’une réunion parents-professeurs, un de mes camarades à côté de moi avait confié vouloir devenir ingénieur du son. Travailler dans le cinéma, en faire un métier, incroyable ! Pour moi, cela revenait à être rémunérée pour jouer aux jeux vidéo. J’ai su que c’était ce que je voulais faire.

    Qu’est-ce que vous faites actuellement ?

    Depuis l’obtention de mon diplôme, j’ai multiplié les expériences en tant qu’assistante réalisatrice, sur des courts et des moyens-métrages.

    Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi cela consiste ?

    C’est un rôle très important. L’assistante réalisatrice fait en sorte que le film soit concrètement réalisable. Elle gère toute la partie organisationnelle en amont du tournage, en fonction des décors, du matériel, des disponibilités de chacun, etc. Un film n’est jamais tourné dans l’ordre du scénario. Par exemple, si deux scènes à deux moments chronologiques différents se passent dans une même chambre, elle planifie tout pour les jouer à la suite. Il faut donc mettre en place le plan de travail, un tableau très précis qui cadre le déroulement du tournage : lieu, plan, séquence, comédiens, décors, matériel, effets de lumière, etc. Cela prend énormément de temps. Le réalisateur doit pouvoir ne se focaliser que sur sa partition artistique. J’ai adoré tout le travail d’accompagnement et de lien réalisateur/équipe technique sur le tournage, mais la partie coordination me correspond moins. L’assistante réalisatrice doit en outre apporter une rigueur pour faire respecter le planning de tournage. Le plus délicat est de s’adapter aux imprévus, qui ne manquent jamais d’advenir.

    Par la suite, parallèlement à cette activité, une boîte de production m’a contactée pour que je développe mes films avec eux, de l’écriture à la réalisation. J’ai accepté mais j’avais néanmoins des difficultés à trouver des espaces dévolus à la réflexion et à la création, car l’intermittence me prenait beaucoup d’énergie. L’incertitude des tournages ne m’aidait pas à organiser mon temps libre pour écrire mes projets. J’ai donc saisi une opportunité pour travailler chez Blablacar, un site de covoiturage mettant en lien usagers et conducteurs. Ce qui se destinait au départ à un travail alimentaire est devenu un pendant nécessaire à ma pratique artistique, puisque je n’y travaille qu’à mi-temps. Certaines situations sont tellement surprenantes qu’elles pourraient presque nourrir mon imagination ! Cela me permet en tout cas de respirer « hors cinéma ».

    Enfin, je suis de retour à Paris 8 depuis septembre pour suivre un master 2 Théorie, esthétique et mémoire du cinéma, puis j’aimerais effectuer un doctorat. 

    Quel sera le sujet de votre thèse ?

    Je m’apprête à réfléchir à l’influence du décor sur le corps des personnages dans le cinéma de l’errance. Il s’agit de personnages qui n’ont pas de but précis, qui ne sont ni perdus ni en voyage, mus par les rencontres et leur environnement, d’où l’étude du décor. Pour ce faire, je vais notamment m’intéresser au travail de Robert Kramer, entre autres par le biais du film Road one USA, et à l’unique et sublime réalisation de Barbara Loden, Wanda, sur un anti-héros au féminin. En tant que réalisatrice, mes projets naissent à partir d’un lieu particulier que je vais subitement avoir envie de montrer. J’y passe dès lors un certain temps pour commencer à écrire. Ensuite, ce n’est qu’avec la distance que j’essaie de déployer une histoire et des personnages, nourrie par les éléments que j’ai vus, les couleurs en particulier. 

    Des cinéastes de chevet ?

    J’aime beaucoup Andreï Tarkovski et Robert Kramer, pour ne citer qu’eux. De manière générale, j’apprécie les cinéastes qui mêlent fiction et documentaire.

    Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

    Je travaille à la réalisation d’un court-métrage de fiction. Et, de manière indépendante, j’élabore un documentaire portant sur les effets du temps sur le corps des détenus condamnés à mort, et leur entourage. Comment l’attente de la fin se vit-elle ? J’ai déjà entamée une correspondance avec deux prisonniers aux États-Unis, l’un au Texas et l’autre en Alabama, ainsi que la femme d’un condamné. Il est d’ailleurs complètement fascinant et troublant que des personnes se marient dans ce contexte. Je suis également en contact avec une journaliste qui s’intéresse au sort des victimes, qui sont également dans l’attente. Le propos de mon projet n’est pas de remettre en cause le système judiciaire américain, malgré toutes ses incohérences. 

    Depuis la fin de votre master 2, avez-vous eu l’occasion de travailler sur des projets avec d’anciens camarades de votre promotion ?

    Tout à fait, notamment avec Romain Tourbillon, étudiant dans la promotion suivante. Tout d’abord de manière bénévole sur le tournage de son film de fin d’études, en tant qu’assistante réalisatrice. Et actuellement, nous avons pour ambition, avec une petite équipe, de relancer le festival de films de courts-métrages Silence, on court ! Neuf précédentes éditions ont été organisées, et la dernière n’a pas été pleinement réussie, précipitant sa chute. Nous cherchons pour l’instant à constituer l’équipe de programmation. Ce festival dédié aux réalisateurs de moins de trente ans jouissait d’une bonne réputation à Paris, et nous comptons bien lui redonner du souffle. Il était notamment connu pour présenter des propositions fortes, des films qui n’étaient pas là pour plaire mais pour livrer une certaine idée de cinéma. En tant que spectatrice, j’ai été remuée par de nombreuses projections là-bas. Par ailleurs, j’ai également participé en tant que programmatrice au festival de court-métrages de Troyes, un événement plus grand public, intéressant dans sa dimension médiatrice afin de montrer au public des films qu’il n’a pas forcément l’habitude d’aller voir. J’ai pu moi-même proposer d’injecter certains titres dans la sélection. Je considère pour ma part le court-métrage comme une forme à part entière, et non pas uniquement au prisme d’un cheminement vers la réalisation d’un long-métrage. Je ne me fixe donc pas comme objectif de réaliser un long-métrage un jour. Cela dépend du film, et du projet. Sinon, j’aime beaucoup faire passer des castings. Je pense qu’avec le montage, c’est le meilleur moment d’un film ! On attend de rencontrer un personnage qu’on a écrit, et qui n’existe pas encore... C’est très émouvant. Souvent, je ne demande pas de dialogues, mais des actions physiques. Il m’est par exemple arrivé de demander à des actrices de bronzer à la plage, ou encore de jouer l’essoufflement. Ce sont des choses qui peuvent paraître bêtes, mais les réactions des comédiens sont déterminantes. Je ne suis pas forcément pour les formations d’acteur. Je trouve dommageable de formater le jeu, et de restreindre quelqu’un qui veut seulement s’exprimer. 

    Hormis dans le cadre des festivals, et pour un public d’initiés, la diffusion des court-métrages reste confidentielle.

    C’est paradoxal car il existe beaucoup d’aides dédiées à la réalisation des courts-métrages, que ce soit de la part du CNC ou plus généralement par le monde de la culture. Malheureusement, le public n’y a pas assez accès, hormis dans le cadre d’événements, ou très épisodiquement, à des heures creuses, à la télévision. Et ceux qui sont montrés via ce support sont très « classiques » dans leur forme. 

    Est-ce que vous lisez beaucoup ?

    Je lis en tout cas… Je pense qu’un texte peut nourrir l’imagination en termes de temporalité. Un seul paragraphe peut faire s’écouler trois ans. J’ai lu récemment Just Kids, l’autobiographie de Patti Smith, simple et de toute beauté.  

     

    Pour visiter le site du département Cinéma.

     

    Entretien réalisé par le service communication.

     

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