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  • « S’engager à Paris 8 », des étudiants enquêtent

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  • « S’engager à Paris 8 », des étudiants enquêtent

     

    Restitution de l’enquête

    À l’occasion de la publication des actes du troisième colloque de L’Anthropologie pour tous, focus sur la participation d’étudiants de Paris 8 qui, sous la conduite de Corinne Davault & Marie-Paule Couto, ont produit un travail en sciences sociales – « S’engager à Paris 8 » – portant sur l’engagement politique des étudiants de l’université, à la suite du mouvement contre la loi El Khomry en 2016. L’opportunité pour eux de produire une « enquête succincte et professionnelle », mais pas seulement. 

     

    Ils furent une dizaine de volontaires, à demander du rab. Leur objectif ? Clore l’enquête sociologique entamée durant leur seconde année de licence avec l’ensemble de leur promotion. C’est à la suite d’un appel de l’association L’anthropologie pour tous, portée entre autres par Christian Baudelot, Catherine Robert et Fabien Truong, que deux maîtresses de conférences de Paris 8, Corinne Davault et Marie-Paule Couto, décident d’embarquer leurs étudiant(e)s dans ce projet. « Leur proposition est tombée à point nommé : je souhaitais depuis longtemps co-écrire un article avec des étudiants, se remémore Corinne Davault. Cependant, je ne voulais pas qu’il soit publié sur Internet. J’estime que le papier a un tout autre charme ! La proximité géographique avec le lycée d’Aubervilliers faisait sens, et nous permettait de tisser des liens avec d’autres enseignants du territoire. » Christian Baudelot en personne vient prêcher la bonne parole devant les étudiants. Il ne s’agit plus de faire une enquête « à blanc » : les étudiants élaboreront un travail sociologique de A à Z, de la construction des questionnaires et des entretiens, à l’analyse des données statistiques, en passant par l’énonciation d’hypothèses. Les résultats seront ensuite présentés par les lycéens – ceux du lycée Le Corbusier à Aubervilliers – et les étudiants volontaires lors d’une journée de colloque en mai 2017, puis publiés dans un livret. « L’origine de l’enquête est à situer aux trois jours d’ateliers – Ceci n’est pas un colloque – organisés en mai 2016, après les débuts du mouvement social contre la loi El Khomry quelques mois plus tôt. À l’issue de ces journées, nous avons décidé entre enseignants que nous ne pouvions reprendre les cours en faisant comme s’il ne s’était rien passé. Nous avons donc axé des cours d’entretien sur le mouvement social. Le cours d’enquête existe depuis longtemps, et tous les L2 doivent y assister. L’enquête par questionnaires et entretiens a porté sur le rapport au politique des étudiants – de façon à ce qu’ils soient tous concernés, et pas uniquement ceux ayant participé au mouvement social », détaille Corinne Davault. Elle se déroule en collaboration avec les universités de Paris Nanterre et Brest, et implique un collectif de sept enseignants composé de Mathilde Apelle, Fanny Bloch-Bugeja, Marie-Paule Couto, Corinne Davault, Christelle Dormoy- Rajramanan, Julia Legrand, Pierre-Edouard Weill.

    Combattre les idées reçues

    Même si le sujet et la cible sont définis par leurs enseignants, les étudiants volontaires se lancent avec enthousiasme pour terminer le travail et s’approprier les résultats de leurs camarades. Tous parlent d’une opportunité à saisir. Parmi eux, Seydina, qui jongle pourtant entre travail, études et vie familiale, raconte : « J’ai trouvé valorisant qu’on fasse appel à nous. Cela signifiait que notre travail initial était de qualité. » D’une part, l’exercice les aide à mieux comprendre leur discipline, d’autre part ils goûtent de participer à une enquête dont les résultats seront de « vrais résultats », qui éclaireront peut-être d’un jour nouveau un mouvement social auquel ils ont pu prendre part. « Pour une fois, notre production en tant qu’étudiants ne part pas aux oubliettes ! (…) Sur un plan technique, je sais désormais comment procède un sociologue qui vérifie ses sources et ne manipule pas les statistiques, explique fièrement Axelle, intarissable sur le sujet, elle qui a découvert la sociologie grâce à une reprise d’études après un passage mitigé par un DUT Techniques de commercialisation. Désormais, lorsque des gens s’expriment et que je ne connais pas leurs sources, je doute. » Pour Anna – également volontaire pour mener à bien ce projet –, diplômée d’une licence de philosophie, ce fut également le moyen de découvrir les différentes méthodes d’enquête : « Lorsque je suis arrivée en sociologie, j’étais intéressée par la discipline mais je ne la connaissais pas vraiment. J’ai compris comment on réalisait une enquête du début à la fin ! C’est une très bonne première approche de ce type de travail que de réaliser le cheminement entier, des recherches préliminaires à la rédaction finale. J’ai beaucoup appris. » Mais c’est également, en interrogeant les autres, un moyen de mieux se comprendre. Axelle, qui se considère apolitique, dit avoir mesuré ce qui s’était joué dans sa famille à ce sujet. L’exercice a également permis à Seydina de s’interroger lui-même : « Je me suis positionné en fonction de ce que j’apprenais des autres étudiants. Ce travail a fonctionné comme un miroir. » Lorsqu’on les interroge sur les qualités que doit développer un sociologue, Corinne Davault et Marie-Paule Couto s’accordent sur une nécessité : « avoir le goût de l’autre », « se décentrer ». Marie-Paule Couto estime que le public de Paris 8 est à même de contenir en son sein des individus ouverts, notamment de par ses origines, plus diverses qu’ailleurs : « J’ai l’impression qu’un certain nombre d’étudiants de Paris 8 possède une forme d’intuition du monde social. C’est l’une des raisons pour lesquelles c’est une chance d’enseigner ici. Leurs trajectoires les ont potentiellement fait traverser plusieurs espaces sociaux. De mon point de vue, compte-tenu de mes expériences d’enseignement avec un public moins hétérogène et des parcours scolaires plus normés, les étudiants de Paris 8 ont conscience de certaines différences, inégalités sociales, une connaissance de milieux sociaux variés. » Des voies escarpées qui offrent à ces individus une vision plus complexe du monde, eux qui refusent de le réduire à des stéréotypes dont ils ont parfois été la cible. À la fin du second semestre, ils ont donc choisi d’aller jusqu’au bout du projet, sur leur temps libre. La restitution orale s’est bien passée. Les étudiants ont même décidé de défendre leurs résultats seuls à la tribune, sans leurs enseignants. 

    Faïence et petits boulots

    L’exercice a été bénéfique : tous sont convaincus que la sociologie leur sera utile pour comprendre. La plupart mène un petit boulot pour payer ses études. Seydina travaille dans une station-service, souvent le week-end, la nuit. Axelle était l’année dernière encore surveillante dans un collège. Grâce à l’enquête, elle semble bien avancée sur son prochain projet : elle étudiera cette année la transmission familiale chez les producteurs de faïence de Nevers, ancien haut lieu de cet artisanat en France et en Europe, qui voit désormais son attractivité baisser à mesure que ferment les manufactures. « La dimension pratique de l’enquête « S’engager à Paris 8 » m’a encouragée et orientée dans la manière d’enquêter sur ces producteurs, résume la jeune femme. Je suis heureuse d’avoir pu créer mes propres matériaux, m’être réappropriés ceux des autres et avoir pu les analyser. Je n’ai plus peur. Je me sens capable de réitérer ce genre de travail, en adoptant une méthode sociologique, avec une grande ouverture d’esprit ! » Quant à Anna, elle entend se pencher, dans la cadre de son master philosophie sociale/sociologie, sur les mouvements féministes décoloniaux.

     

    Visiter le site du département de sociologie et d’anthropologie.

    Visiter le site de l’association L’Anthropologie pour tous.

     

    Article réalisé par le service communication.

     

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